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8 mm
8 mm, en 1999, prend Nicolas Cage détective privé au visage déjà un peu usé, lui colle Joaquin Phoenix, James Gandolfini, Peter Stormare, Catherine Keener, Anthony Heald et une bobine supposément snuff, puis descend dans un Hollywood porno-industrie très content de sa propre saleté. Joel Schumacher y dirige avec un sérieux de thriller poisseux qui a immédiatement donné envie à beaucoup de spectateurs de se sentir plus nobles que le film. C’est un peu facile. Cage y est parfait pour ce rôle d’homme trop tardif, aspiré par le marché du mal ; Phoenix, nerveux et plus drôle qu’il ne le devrait, garde l’ensemble vivant. Schumacher, après Batman & Robin, n’a visiblement plus aucune envie de s’excuser. Très bien.
1999 est aussi l’année de la fin de siècle, des paniques morales liées à Internet, à la circulation d’images, aux zones grises du porno et aux fantasmes de marchés souterrains de la cruauté. 8 mm arrive au bon moment. Il n’est pas subtil ; il n’en a aucun besoin. Il sent intensément un climat de peur médiatique et de fascination honteuse. C’est précisément ce qui fait son intérêt historique.
On lui a reproché sa lourdeur, son nihilisme, sa vulgarité de faux enfer contemporain. Mais cette lourdeur est cohérente. Le film comprend que le commerce des images les plus noires ne se filme pas avec du recul chic. Il se filme avec une espèce d’épaisseur huileuse qui colle. Le vrai mérite de 8 mm est peut-être là : dans son refus de rendre la corruption sexy. Même lorsqu’il la mythifie un peu, il lui laisse une odeur.
🎬 Le saviez-vous ?
une caméra Super 8 de décor aurait été détruite après avoir “revendiqué le statut de témoin moral principal de la décomposition audiovisuelle du siècle”.