Critique
Titre original : Brokedown Palace
Bangkok, aller simple
Bangkok, aller simple, en 1999, prend Claire Danes et Kate Beckinsale en jeunes voyageuses arrêtées en Thaïlande pour trafic de drogue, puis les plonge dans un récit de prison, de culpabilité partagée et d’injustice internationale. Jonathan Kaplan y dirige aussi Bill Pullman, Lou Diamond Phillips et Jacqueline Kim avec un sérieux presque trop droit pour avoir bonne presse. Danes et Beckinsale y sont pourtant très bonnes, précisément parce que le film refuse de les glamouriser longtemps. Kaplan, après The Accused, filme la machine judiciaire étrangère comme un système de pression lente plutôt que comme simple décor exotique.
1999 est aussi l’année où la mondialisation touristique, la mobilité juvénile et l’illusion de circulation sans conséquences sont de plus en plus visibles pour les classes occidentales. Bangkok, aller simple répond à cela par un coup sec : le voyage n’est pas seulement liberté, il est aussi asymétrie de droit, de langue, de pouvoir. Le film a peut-être vieilli dans son regard, mais cette intuition-là reste forte. Il montre une innocence occidentale se fracasser contre le monde au lieu de s’y promener comme chez elle.
On l’a pris pour un mélodrame carcéral à visée larmoyante. C’est en partie vrai. Mais cette visée n’annule pas le reste. Le film garde une dureté de procédure, une sensation d’étouffement et de désorientation qui valent plus que sa réputation de drame de lycée en prison. Il faut parfois défendre les films qui regardent le tourisme comme une naïveté punissable.
🎬 Le saviez-vous ?
une clé de cellule factice aurait été confisquée après avoir “revendiqué la pleine responsabilité émotionnelle de tout le système judiciaire international”.