Critique
Titre original : Lady in the Water
La Jeune fille de l'eau
La Jeune fille de l’eau, en 2006, prend un gardien d’immeuble de Philadelphie, une nymphe sortie d’une piscine, un critique de cinéma grotesque, Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright, Bob Balaban et M. Night Shyamalan en pleine crise de conte. Le film a été traité comme l’exemple parfait du moment où un cinéaste commence à croire trop fort à sa propre mythologie. C’est possible. C’est aussi ce qui fait le prix singulier du film : il est d’une sincérité embarrassante, donc rare. Giamatti y est très bon, Howard flotte comme une apparition triste, et Shyamalan ose encore faire d’un lotissement et d’une résidence banale un espace de légende.
2006 est aussi une année où l’on voit de plus en plus nettement la fragmentation des publics, l’essor des communautés interprétatives et la difficulté croissante pour Hollywood à imposer des récits naïfs sans second degré. Lady in the Water s’écrase là-dedans. Il arrive comme un conte mystique dans un monde qui commence à préférer le sarcasme ou le “lore” proprement géré. En cela, son échec est presque touchant. Il a été puni aussi pour avoir cru.
Le film est maladroit, oui, et parfois d’une pompe déconcertante. Mais il possède une qualité inestimable : il tente encore de produire du merveilleux intime dans une architecture ultra-quotidienne, sans se réfugier derrière la distance ironique. Même ses erreurs racontent quelque chose d’un cinéma hollywoodien encore capable de faire surgir des nymphes dans les copropriétés. Ce n’est pas rien.
🎬 Le saviez-vous ?
un bonnet de piscine de décor aurait été mis sous cloche après avoir “revendiqué le monopole narratif sur l’irruption du mythologique en milieu résidentiel”.