Critique
Titre original : The Monuments Men
Monuments Men
Monuments Men, en 2014, prend George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, John Goodman, Jean Dujardin, Hugh Bonneville, Bob Balaban, Cate Blanchett et fait de la récupération d’œuvres d’art volées par les nazis une aventure de gentlemen patrimoniaux. Le film a été raillé pour son ton flottant, ni tout à fait grave ni franchement léger. C’est justement ce flottement qui m’intéresse. Clooney y dirige comme quelqu’un qui sait que sauver des tableaux pendant la guerre est en soi une idée presque absurde, donc profondément cinématographique. Murray et Goodman apportent une fatigue utile ; Blanchett maintient une ligne plus sèche. L’objet n’est pas totalement réussi. Il est loin d’être sans intérêt.
2014 est aussi une année où les destructions patrimoniales au Moyen-Orient, les pillages et les débats sur la protection des œuvres en temps de guerre redeviennent extrêmement visibles. Monuments Men gagne alors une actualité inattendue. Ce qui paraissait anecdotique ou trop feutré retrouve du poids : l’art n’est pas un supplément, il devient enjeu de mémoire et de souveraineté. Le film n’avait peut-être pas l’ambition esthétique pour porter cela totalement, mais il se retrouve branché sur une urgence réelle.
On lui reproche de ne pas être assez tranché. Je trouve au contraire que cette hésitation entre camaraderie et deuil lui donne une texture singulière. Il regarde des hommes pas tout à fait héroïques tenter de sauver des objets que le monde violent juge secondaires. Cette douceur un peu bancale vaut mieux que la grosse machine guerrière à laquelle le sujet aurait aussi pu conduire.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux Rubens de décor aurait été retiré du camion régie après avoir “revendiqué la priorité absolue sur le concept occidental de civilisation”.