Critique

Rushmore

IMDb 7.7 / 10
Allociné 3.6 / 5
Rotten T. 89%
Critique
Affiche de Rushmore

Rushmore

Rushmore, en 1998, prend Jason Schwartzman, Bill Murray, Olivia Williams, Brian Cox, Seymour Cassel et laisse Wes Anderson transformer un lycée privé, un club de théâtre permanent et une rivalité amoureuse en machine à style déjà presque totalement formée. Schwartzman y est prodigieux de suffisance pathétique, Murray magnifique de lassitude riche et rancunière, Olivia Williams plus fine que le film n’ose parfois la laisser être. Anderson, après Bottle Rocket, découvre ici qu’il peut faire de la symétrie, des costumes, des morceaux british et des petits génies grotesques une cosmologie complète. C’est grisant. Et déjà un peu trop autoconscient.

1998 est aussi une année où l’indie américain consolide ses nouvelles figures de singularité : adolescents brillants, classes aisées en ruine affective, décors stylisés, ironie sentimentale, reprise du patrimoine culturel comme signature. Rushmore appartient pleinement à ce moment. Très bien. Mais il en devient aussi presque l’exemple-type : le malaise est rendu tellement désirable, l’humiliation tellement bien repassée, que la névrose scolaire finit par ressembler à un certificat de distinction cinéphile.

Le film reste drôle, original, merveilleusement casté. Il donne aussi le sentiment qu’Anderson aime tant ses marionnettes souffrantes qu’il les protège presque trop par le style. Max Fischer est un petit monstre, et le film le sait ; pourtant il l’enveloppe d’une telle tendresse graphique que même ses pires élans deviennent mignons dans leur désastre. On admire les blazers, les pièces de théâtre, les piscines, les regards fixes, les explosions miniatures. On peut aussi regretter qu’un film si vif transforme la cruauté sociale en objet de collection déjà très bien rangé.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un écusson Rushmore de réserve aurait été repassé sous surveillance après avoir “revendiqué la pleine gouvernance héraldique du narcissisme adolescent de prestige”.