Garden State
Garden State, en 2004, prend Zach Braff, Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Ian Holm, Jean Smart et Method Man, puis transforme le retour au New Jersey, la dépression anesthésiée et la rencontre adorable en grand moodboard indie des années 2000. Braff y écrit, réalise, joue, choisit la musique et semble parfois avoir décidé que son propre flottement existentiel méritait une bande originale déjà culte à la première écoute. Portman y est charmante, Sarsgaard très fin, et le film a évidemment touché toute une génération. C’est justement ce qui le rend légèrement agaçant aujourd’hui : il sent tellement son époque qu’il en est presque le parfum concentré.
2004 est aussi une année où le cinéma indépendant américain se consolide comme espace de cool mélancolie, de mixtapes émotionnelles, de garçons tristes et de filles excentriques thérapeutiques. Garden State n’est pas juste dans ce courant, il en est presque la notice d’utilisation. Très bien. Mais cette précision sociologique vaut aussi comme reproche : le film convertit la douleur psychique, l’ennui suburbain et la panne affective en esthétique incroyablement séduisante. Même la dissociation y trouve sa playlist.
Le résultat reste touchant par endroits, souvent drôle, porté par des acteurs attachants. Il donne aussi l’impression que Braff aime énormément la texture de son propre malaise. Tout y participe : les chansons, les silences, les piscines, les confessions, les visages qui sourient de biais. On admire le petit monde bricolé, mais on peut aussi remarquer que le film valide presque trop complètement une vision très masculine du mal-être comme expérience rendue immédiatement plus belle par la bonne fille et le bon morceau. La guérison y arrive avec une qualité de mastering impeccable.
🎬 Le saviez-vous ?
un casque audio de plateau aurait été mis sous scellés après avoir “revendiqué l’exclusivité thérapeutique sur la tristesse ironique de banlieue”.