Critique

Les Nerfs à vif

Titre original : Cape Fear

IMDb 7.3 / 10
Allociné 4.6 / 5
Rotten T. 74%
Critique
Affiche de Les Nerfs à vif

Les Nerfs à vif

Les Nerfs à vif, en 1991, prend Robert De Niro, Nick Nolte, Jessica Lange, Juliette Lewis, Joe Don Baker, Gregory Peck et fait du thriller familial un opéra vénéneux de désir, de vengeance et d’école de cinéma hitchcockienne. Scorsese y réalise avec une gourmandise presque insolente : contre-plongées, couleurs, musique de Bernard Herrmann recyclée, orages, sueur et démonstration de style. De Niro y est évidemment démesuré, Juliette Lewis troublante, Nolte formidablement froissé. Tout cela est très fort. C’est aussi si violemment conscient de sa propre puissance qu’on sent parfois le film se regarder hurler.

1991 est aussi une année où les États-Unis vivent au bord d’une ère médiatique plus anxieuse, plus punitive, plus obsédée par les figures de prédateur domestique, alors que la guerre du Golfe vient redessiner les récits de menace et de retour du danger sur le sol national. Cape Fear prospère dans cette atmosphère. Mais il convertit aussi ces angoisses en pur manège de mise en scène. Le monstre y devient moins un problème qu’une opportunité somptueuse pour De Niro et Scorsese d’en faire trop ensemble – et de le faire avec panache.

Le film reste formidablement tendu, outrancier, très jouissif. Il peut aussi donner l’impression que la terreur familiale a été transformée en démonstration de virtuosité baroque. Même le trauma adolescent y sent le grand cinéma citationnel. On admire les éclairs, les cigares, les tatouages, les dents, les sermons. On peut aussi penser qu’un film aussi amoureux du mal spectaculaire finit par faire du danger un show presque trop délicieux pour son propre bien. Le psychopathe y est un extraordinaire collaborateur artistique involontaire.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un cigare de décor aurait été éteint sous cloche après avoir “revendiqué l’entière supervision morale de la lubricité punitive américaine”.