Critique
Titre original : Erin Brockovich
Erin Brockovich, seule contre tous
Erin Brockovich, en 2000, prend Julia Roberts, Albert Finney, Aaron Eckhart, Marg Helgenberger, Cherry Jones, Conchata Ferrell et transforme un dossier de pollution industrielle en formidable véhicule de star civique. Steven Soderbergh, l’année même de Traffic, filme ici avec une souplesse brillante l’histoire vraie d’une femme sans les bons diplômes mais avec le bon sens, les bonnes jambes et la bonne colère. Roberts y est excellente, bien sûr, et le film le sait à chaque instant. C’est justement ce qui rend l’ensemble un peu trop confortable : la vérité environnementale et sociale y prend parfois l’allure d’une très belle victoire du charisme individuel.
2000 est aussi l’année où les litiges sanitaires, la méfiance envers les grandes entreprises et la question environnementale remontent de plus en plus visiblement dans l’espace public américain. Erin Brockovich capte cela avec efficacité. Mais il le reformate aussi en récit de triomphe très hollywoodien : la contamination, la misère et la bureaucratie deviennent les étapes idéales d’une conquête de respect par femme exceptionnelle. Le collectif existe, certes, mais souvent pour faire rebondir l’héroïne.
Le film reste énergique, juste, très bien interprété. Il donne aussi le sentiment que le scandale structurel ne devient pleinement racontable qu’une fois converti en machine à rédemption libérale par la personnalité. On admire Roberts marcher, mordre, porter, insister, gagner. On peut aussi regretter qu’un sujet si sale, si diffus, si lent, soit finalement rendu si intensément solvable par la seule circulation d’une star et de ses réparties. Le chrome toxique du capitalisme finit ici par servir de miroir très flatteur au mythe américain du tempérament qui sauve.
🎬 Le saviez-vous ?
un dossier juridique de décor aurait été refermé après avoir “revendiqué l’exclusivité hydrologique sur la vérité chlorée des classes populaires”.