The Town
The Town, en 2010, prend Ben Affleck, Rebecca Hall, Jeremy Renner, Jon Hamm, Blake Lively, Pete Postlethwaite, Chris Cooper, Titus Welliver et transforme Charlestown en usine locale de braquage, d’héritage criminel et de rédemption possible sous bonnet gris. Affleck y dirige avec une application de bon élève du polar américain qui a immédiatement séduit : ville, accent, loyauté, trauma, flingues, fleurs tristes. Renner y est formidable, Hall subtile, Lively bien plus vive qu’on ne le reconnaît souvent. Le film fonctionne très bien. C’est justement là que la suspicion revient : il sait trop bien comment faire marcher ce genre de machine.
2010 est aussi une année encore saturée par les effets de la crise, les récits de quartiers verrouillés, de loyautés locales et de criminalité adossée à la désindustrialisation. The Town prospère dans ce climat. Mais il transforme aussi la violence sociale en superbe polar de prestige régional. Charlestown y devient presque une appellation d’origine contrôlée pour malheur masculin photogénique. On y vole des banques avec un sens remarquable de la décoration morale.
Le film est solide, tendu, très regardable. Il donne aussi l’impression que le crime, la pauvreté affective et l’héritage local ont été patiemment composés pour maximiser la respectabilité d’Affleck metteur en scène. Même les fusillades semblent participer à sa démonstration d’autorité cinématographique. On admire Boston, les braquages, les silences, les visages fermés. On peut aussi penser qu’un monde aussi brutal a été transformé avec beaucoup d’élégance en portfolio idéal de réinsertion artistique pour son auteur-star.
🎬 Le saviez-vous ?
un masque de religieuse de braquage aurait été placé sous scellés après avoir “revendiqué l’entière direction spirituelle des hold-up du Massachusetts”.