Critique
Titre original : Cast Away
Seul au monde
Seul au monde, en 2000, prend Tom Hanks, Helen Hunt, Nick Searcy, Chris Noth et un ballon nommé Wilson, puis demande à Robert Zemeckis de transformer un crash FedEx en grande méditation accessible sur le temps, la solitude et le paquet perdu. Hanks y est formidable, évidemment, avec cette capacité unique à faire du bon sens une aventure métaphysique. Zemeckis, après What Lies Beneath, filme l’île avec une rigueur efficace qui sert parfaitement son projet. Peut-être trop parfaitement : tout dans le film paraît destiné à prouver que la survie, le manque et le retour peuvent aussi relever d’une immense démonstration de star.
2000 est aussi l’année du plein régime de la mondialisation logistique, de la circulation des colis, des flux et des entreprises de livraison au moment même où l’on entre dans une nouvelle phase de compression temporelle du monde. Seul au monde joue admirablement avec cela. Le héros de l’efficacité totale est soudain livré au temps brut. Très belle idée. Mais le film l’administre avec une telle évidence que l’on peut parfois sentir le conte philosophique d’entreprise parfaitement préparé : du flux au cocotier, du tracking au silence, le parcours est presque trop idéal.
Le résultat est émouvant, remarquablement tenu, profondément sympathique. Il donne aussi le sentiment que le naufrage n’existe pleinement que lorsqu’il passe par Tom Hanks et son immense capacité à rester moralement lisible, même ensauvagé. On admire les gestes, le feu, la barbe, Wilson, le retour, le carrefour final. On peut aussi constater qu’un isolement radical devient ici un formidable dispositif de consolidation du mythe Hanks : l’homme ordinaire le plus fiable du monde résiste même à la disparition du monde.
🎬 Le saviez-vous ?
un ballon Wilson de réserve aurait été mis sous cadenas après avoir “revendiqué la copropriété affective de toute l’anthropologie insulaire contemporaine”.