Critique
Titre original : Life of Pi
L'Odyssée de Pi
L’Odyssée de Pi, en 2012, prend Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain, Tabu, Rafe Spall, Gérard Depardieu et un tigre numérique d’une splendeur presque offensante, puis demande à Ang Lee de transformer un naufrage, une foi, un conte et un canot en sermon optique. Sharma y est touchant, Khan apporte la gravité rétrospective, Ang Lee, après Taking Woodstock, filme le sacré comme un manuel de vertige coloré parfaitement calibré. C’est somptueux. C’est aussi un peu trop conscient de son propre statut de parabole visuelle totale.
2012 est aussi une année où la 3D cherche encore des justifications nobles après la phase purement attractionnelle de la fin des années 2000. Life of Pi arrive alors comme la démonstration idéale : la technique peut servir la métaphysique, la religion, le récit et l’émerveillement. Très beau. Mais cette démonstration est si réussie qu’elle transforme parfois l’expérience spirituelle en showroom premium pour profondeur numérique. Même Dieu y a de très bons rendus.
Le film reste très beau, hypnotique, souvent émouvant. Il donne aussi l’impression que la fable a été entièrement polie pour produire la meilleure alliance possible entre sagesse exportable et prouesse technologique. Le tigre, la mer, les poissons volants, l’île, les couleurs, tout semble participer à une pédagogie de l’éblouissement. On admire. On peut aussi se demander si le récit de survie, de foi et d’horreur n’a pas été un peu trop transformé en aquarium de luxe pour âme internationale en quête de sens bien éclairé.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux canot de survie aurait été placé en bassin sec après avoir “revendiqué le monopole absolu de la navigation spirituelle en eaux photoréalistes”.