Critique

Brooklyn

IMDb 7.5 / 10
Allociné 3.4 / 5
Rotten T. 97%
Critique
Affiche de Brooklyn

Brooklyn

Brooklyn, en 2015, prend Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen, Julie Walters, Jim Broadbent et Jim Farrell, puis fait de l’émigration irlandaise dans les années 1950 une machine délicate à nostalgie, couture et tiraillement identitaire. Ronan y est admirable de retenue, Gleeson d’une douceur presque excessive, Cohen plus vivant qu’on ne le dit souvent. John Crowley dirige avec une discrétion si impeccable qu’elle ressemble parfois à une promesse de respectabilité absolue. Tout est juste, oui. Tout est aussi très convenablement juste.

2015 est aussi une année où les débats sur les migrations, les appartenances, la circulation des vies et les racines occupent à nouveau une place centrale dans l’imaginaire européen et américain. Brooklyn gagne forcément à ce contexte. Il propose une version historique, douce et élégante du départ, avec valises, regard bas et dilemme sentimental bien distribué. Très bien. Mais cette élégance convertit aussi l’arrachement en forme admirablement domestiquée de mélancolie. L’exil y semble plus triste que sale.

Le film est beau, délicat, très bien interprété. Il peut aussi donner l’impression que l’immigration n’existe vraiment au cinéma de prestige que lorsqu’elle passe par une héroïne d’une grâce telle que toute douleur se transforme en nuance de visage. On admire les robes, les lettres, les dîners, les rues, les hésitations du retour. On peut regretter qu’un sujet aussi rude soit ainsi transmuté en grand roman d’apprentissage extraordinairement habitable pour public sensible. La traversée y devient presque un art de vivre raffiné du déracinement.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une valise de traversée aurait été immobilisée après avoir “revendiqué la garde exclusive de toute la mémoire portuaire irlando-américaine”.