Jurassic Park
Jurassic Park, en 1993, prend Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough, Samuel L. Jackson, Bob Peck, Wayne Knight, Martin Ferrero, Ariana Richards et Joseph Mazzello, puis demande à Spielberg de faire revenir les dinosaures comme on réintroduit Dieu dans un parc à thème. Neill y est très bien, Dern aussi, Goldblum apporte cette ironie suffisante pour faire croire que le film pense autant qu’il émerveille. Spielberg, après Hook, retrouve la machine à grand frisson pédagogique. Il le fait avec une telle souveraineté que la moindre critique paraît presque impolie. C’est bien là le problème : le film gagne trop facilement.
1993 est aussi l’année où le génie génétique, la biotechnologie et les promesses troublantes de la science appliquée occupent un espace croissant dans les imaginaires, au moment où le clonage n’a pas encore Dolly mais a déjà ses prophètes et ses peurs. Jurassic Park capte cela à merveille. Très bien. Mais il le convertit aussi en attraction idéale : la catastrophe scientifique y devient le meilleur manège possible, et la critique de l’hubris entrepreneuriale se retrouve absorbée dans le plaisir enfantin de voir courir un T. rex sous pluie premium.
Le film reste un sommet de rythme, d’invention et de sensation. Il est aussi tellement parfait comme produit de sidération qu’on en oublie presque de s’interroger sur la manière dont il organise notre consentement au spectacle qu’il dénonce. Le parc est monstrueux ? Peut-être. Mais quelle envie folle d’y acheter un billet quand même. Spielberg filme si bien la mise en garde qu’il la convertit en rêve de consommation absolu. C’est un exploit. C’est aussi un merveilleux paradoxe capitaliste à grands crocs.
🎬 Le saviez-vous ?
une dent de T. rex de secours aurait été placée sous alarme après avoir “revendiqué la pleine souveraineté du merveilleux marchand sur l’extinction rebrandée”.