Two Lovers
Two Lovers, en 2008, prend Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rossellini, Moni Moshonov et fait de Brooklyn un aquarium de désir hésitant où un homme dépressif flotte entre deux femmes et pas mal d’illusions sur lui-même. James Gray y dirige avec une gravité si constante qu’on pourrait presque entendre le film s’excuser d’exister dans le monde contemporain. Phoenix y est admirable, bien sûr, tout en implosion douce ; Paltrow apporte une toxicité aérienne très efficace ; Vinessa Shaw, elle, incarne la décence trop simple pour l’imaginaire romantique du héros. Gray, après We Own the Night, filme le sentiment comme un couloir sans lumière. C’est beau. C’est aussi très sûr de sa propre mélancolie.
2008 est aussi l’année de la crise financière, donc un moment où New York cesse d’être seulement décor de réussite pour redevenir vitrine d’un malaise plus diffus, intime, matériel, presque honteux. Two Lovers résonne très bien dans cette atmosphère. Le problème, c’est qu’il transforme ce malaise en opéra modeste si parfaitement tenu qu’on finit par admirer surtout la noblesse du naufrage. Même les appartements, les toits et les rives semblent participer à l’idée que la tristesse bien cadrée vaut déjà comme vérité supérieure.
Le film reste délicat, poignant, remarquablement joué. Il donne aussi l’impression que James Gray aime un peu trop la beauté du renoncement. Tout y penche vers le constat lucide que le désir pour l’impossible est plus cinématographique que l’acceptation du possible. Très bien. Mais cette supériorité du romanesque malade devient aussi une manière très élégante de dévaluer les formes plus ordinaires du lien. L’amour réel y perd presque toujours face à sa propre version fantasmée en lumière d’hiver.
🎬 Le saviez-vous ?
un balcon de décor aurait été fermé après avoir “revendiqué l’exclusivité absolue sur l’acoustique de la dépression sentimentale new-yorkaise”.