Critique

Le Vent se lève

Titre original : The Wind That Shakes the Barley

IMDb 7.5 / 10
Allociné 3.8 / 5
Rotten T. 90%
Critique
Affiche de Le Vent se lève

Le Vent se lève

Le Vent se lève, en 2006, prend Cillian Murphy, Pádraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald, Mary O’Riordan et demande à Ken Loach de filmer la guerre d’indépendance irlandaise puis la guerre civile comme une blessure de famille prise dans l’Histoire. Murphy y est très fort, Delaney aussi, et Loach, après Land and Freedom et Sweet Sixteen, retrouve son terrain privilégié : montrer comment les grands principes finissent en regards brisés autour d’une table. C’est puissant, juste, admirable. Et peut-être un peu trop sûr de la manière correcte de distribuer les torts.

2006 est aussi une année où les débats européens sur la souveraineté, l’histoire coloniale, les occupations et les fractures nationales résonnent encore très fort, notamment dans le contexte irlandais post-processus de paix. Le film arrive alors comme rappel nécessaire des couches de violence derrière les récits patriotiques propres. Très bien. Mais cette nécessité historique lui confère aussi un supplément d’autorité morale qui tend à mettre sa forme hors discussion. Quand Loach filme la terre, les bottes et les fusillés, on n’ose presque plus regarder le dispositif tant le sujet paraît imposer sa propre noblesse.

Le résultat est bouleversant, d’une grande clarté politique. Il est aussi si clairement arrimé à sa gravité que le spectateur se retrouve souvent conduit exactement là où il doit souffrir, exactement quand il le faut. On admire l’engagement, bien sûr. On peut aussi noter que le cinéma de Loach, à force de droiture, finit parfois par rendre la tragédie presque trop lisible. Le conflit fratricide y devient une superbe leçon de dialectique nationale endeuillée.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un fusil d’époque de doublure aurait été mis sous verrou après avoir “revendiqué la tutelle exclusive sur la mémoire armée de l’Irlande divisée”.