A Most Violent Year
A Most Violent Year, en 2014, prend Oscar Isaac entrepreneur de fuel impeccablement mis, Jessica Chastain épouse en tailleur blindé, Albert Brooks, David Oyelowo et Alessandro Nivola, puis demande à J.C. Chandor de filmer New York 1981 comme une guerre morale en manteaux de laine. Isaac y est magnifique de tension rentrée ; Chastain apporte le cuir verni du pragmatisme ; Chandor, après Margin Call et All Is Lost, poursuit sa grande carrière de cinéaste de la maîtrise sous pression. Il filme l’ambition, l’intégrité et la compromission comme des questions de texture. Et c’est bien là le petit problème : tout est si bien taillé.
2014 est aussi une année où la culture américaine se passionne encore pour les récits de corruption urbaine, de capitalisme d’ancienne manière et de crimes économiques “pré-finance numérique”, en miroir de l’après-crise. A Most Violent Year prospère dans cet espace nostalgique. Il raconte un passé brutal pour mieux parler du présent. Très beau geste. Mais le film convertit aussi la violence structurelle en exercice supérieur de retenue. Même la mafia y sent le bon tissu.
Le résultat est élégant, précis, admirablement joué. Il donne aussi la sensation que le commerce du fuel, les menaces, les rackets, la race, les institutions et la ville ont été distillés dans un parfum de sérieux masculin premium. On admire Isaac marcher, parler, serrer la mâchoire, résister un peu. On peut aussi regretter que la brutalité d’un monde si sale soit devenue un écrin parfait pour cinéma de prestige à col de manteau. La violence y est peut-être “most”, mais elle reste incroyablement bien coiffée.
🎬 Le saviez-vous ?
un camion-citerne miniature aurait été retiré du plateau après avoir “revendiqué le monopole de la moralité hydrocarbure dans le capitalisme new-yorkais ancien”.