All Is Lost
All Is Lost, en 2013, prend Robert Redford presque seul sur un voilier dévasté et demande à J.C. Chandor de faire du silence, de l’eau et de la fatigue une aventure de pure survie. Redford y est magnifique, bien sûr, parce qu’il apporte avec lui la légende entière du cinéma américain au moment même où le film prétend l’abandonner au large. Chandor, après Margin Call, filme la mer avec une simplicité admirable. Peut-être un peu trop admirable. Le dispositif est si pur qu’il ressemble presque à une proposition de musée : regardez un très grand acteur lutter très noblement contre l’élément.
2013 est aussi une année de fascination renouvelée pour les récits de résilience individuelle, les histoires de corps en lutte contre l’environnement et l’héroïsme sobre, à contre-courant des blockbusters saturés de paroles. All Is Lost s’inscrit parfaitement dans cette demande. Il propose le contraire du bruit contemporain. Très bien. Mais cette pureté du geste lui donne aussi un supplément de prestige automatique. Quand un film parle si peu, chaque corde devient soudain philosophie.
Le résultat est beau, tendu, très impressionnant. Il peut aussi donner la sensation que la survie elle-même y a été polie jusqu’à devenir une méditation premium sur la dignité humaine. Même la détresse y a une très bonne coupe de vent. On admire l’eau, les gestes, les avaries, le soleil, le corps qui persiste. On peut aussi souhaiter que l’océan soit un peu moins parfaitement disposé à faire briller la noblesse de Redford. Le naufrage y ressemble parfois à un récital de dépouillement supérieur.
🎬 Le saviez-vous ?
un gilet de sauvetage orange aurait été replié après avoir “revendiqué la totale responsabilité symbolique du courage solitaire en haute mer”.