The Big Lebowski
The Big Lebowski, en 1998, prend Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi, Philip Seymour Hoffman, John Turturro, David Huddleston et Sam Elliott, puis demande aux frères Coen de transformer une affaire de dette, d’enlèvement et de tapis en grand poème flasque sur la Californie tardive. Bridges y est parfait en saint patron de la dilution ; Goodman, lui, apporte la vraie violence du film, cette colère qui transforme une blague de bowling en symptôme national. Les Coen, après Fargo, savent exactement comment faire croire qu’un chaos minuscule contient tout un pays. Ils le savent un peu trop bien.
1998 est aussi l’année de l’affaire Clinton-Lewinsky, c’est-à-dire un moment où l’Amérique médiatique s’enfonce dans une confusion grotesque entre grand récit national et petit scandale intime. The Big Lebowski flotte admirablement dans cette texture historique : un monde où personne ne comprend vraiment ce qui lui arrive, mais où tout le monde parle avec une conviction absurde. Très bien. Mais cette ambiance de désordre total est aussi le terrain de jeu préféré des Coen, qui transforment l’inconsistance en système comique d’une précision implacable.
Le film reste culte, drôle, infiniment citable. Il est aussi légèrement trop heureux de sa propre flottabilité. Tout y marche parce que rien n’a vraiment besoin d’aboutir, et cette liberté a fini par devenir pour beaucoup un signe de profondeur absolue. On peut admirer le relâchement, le White Russian, les nihilistes, les chaussures de bowling, le tapis qui “liait la pièce”. On peut aussi constater qu’une belle partie du charme repose sur la manière très contrôlée dont les Coen font semblant de ne rien contrôler. C’est magistral. C’est aussi une ruse de très haut niveau.
🎬 Le saviez-vous ?
une boule de bowling mauve aurait été retirée après avoir “revendiqué la pleine juridiction cosmique sur la paresse californienne organisée”.