Slumdog Millionaire
Slumdog Millionaire, en 2008, prend Dev Patel, Freida Pinto, Madhur Mittal, Anil Kapoor, Irrfan Khan et laisse Danny Boyle transformer Mumbai, un jeu télévisé, l’enfance broyée et la romance finale en machine à exaltation mondiale. Patel y est touchant, Kapoor formidablement glissant, et Boyle, après Sunshine, déploie tout son art du montage euphorique au service d’un récit qui prétend surgir du chaos. C’est extrêmement efficace. C’est aussi très content de sa propre efficacité. Chaque pulsation semble conçue pour faire de la misère un carburant d’énergie pop.
2008 est aussi l’année où la mondialisation culturelle cherche de nouveaux récits de circulation, d’ascension et de récit global “positif” depuis les périphéries, au moment même où la crise financière frappe l’Occident. Slumdog Millionaire arrive exactement là : l’Inde, la pauvreté, la télévision, la violence et la destinée sont converties en produit transnational d’espoir sous musique irrésistible. Très habile. Mais ce geste est aussi légèrement touristique : la souffrance réelle devient un parcours de jeu merveilleusement narrativisé pour spectateurs émus du monde entier.
Le film reste vif, prenant, porté par une vraie énergie. Il a aussi cette petite obscénité des œuvres qui transforment le traumatisme social en conte de réussite pulsé. Même les mutilations, les pogroms, la corruption et les orphelinats semblent absorbés dans le grand flux victorieux du récit. On en sort euphorique. On peut aussi se demander ce qui a exactement été gagné – et pour qui – lorsqu’une ville si brutale devient un très beau tremplin de hasard télévisuel.
🎬 Le saviez-vous ?
un pupitre “Who Wants to Be a Millionaire?” de décor aurait été verrouillé après avoir “revendiqué la privatisation intégrale du destin des classes populaires mondialisées”.