Match Point
Match Point, en 2005, prend Jonathan Rhys Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer, Matthew Goode, Brian Cox et transforme la haute bourgeoisie londonienne en laboratoire de désir, de mensonge et de balle tombant du bon côté du filet. Woody Allen y dirige avec une sécheresse plus anglaise que d’habitude, comme s’il avait découvert dans les salons et les galeries d’art un terrain idéal pour ses vieux calculs sur le hasard et la culpabilité. Johansson y est superbe, Meyers très efficace dans la neutralité carnivore. Le film est souvent célébré comme le grand retour sérieux d’Allen. Très bien. Il est aussi très content de sa noirceur continentale.
2005 est aussi une année où Londres apparaît plus que jamais comme capitale financière, mondialisée, chic et moralement abstraite, au moment où les fractures de classe se sophistiquent sous un vernis de réussite cosmopolite. Match Point profite admirablement de ce climat. Il raconte un monde où l’argent, le goût et l’accès aux bonnes pièces de la ville valent aussi comme dispositifs de disparition morale. Mais cette lucidité est si élégamment administrée que le film transforme presque le crime social en tennis de chambre supérieur.
Le résultat est tendu, froid, très bien écrit. Il donne aussi l’impression que la grande idée du film – le hasard gouverne plus que la justice – a été conçue comme un très bel aphorisme auquel le récit vient ensuite se plier avec bonheur. On admire la précision, les intérieurs, les regards, la bague, l’appartement, l’opéra. On peut regretter qu’un univers aussi sale soit finalement rendu si délicieusement propre dans son pessimisme. Le vice y a d’excellentes manières.
🎬 Le saviez-vous ?
une balle de tennis de décor aurait été mise sous cloche après avoir “revendiqué l’exclusivité métaphysique sur la distribution sociale du destin”.