Critique
Titre original : Batman Returns
Batman, le défi
Batman Returns, en 1992, prend Michael Keaton, Michelle Pfeiffer, Danny DeVito, Christopher Walken et Gotham sous neige, puis laisse Tim Burton transformer Noël en foire expressionniste de pulsions, de latex et de manchots armés. Pfeiffer y est évidemment impériale, au point d’avaler presque tout le film ; DeVito joue le grotesque blessé avec une férocité poisseuse ; Keaton, lui, semble parfois n’être qu’une silhouette noire très bien placée entre deux délires. Burton, après Edward Scissorhands, filme ici une suite de super-héros comme si on l’avait autorisé à coloniser un blockbuster avec son propre grenier mental.
1992 est aussi l’année où les États-Unis sortent de l’ère Reagan-Bush avec une culture médiatique déjà fascinée par la mise en scène du pouvoir, du monstre et de la communication politique. Batman Returns capte cela très bien avec son Pingouin-candidat et son capitaliste carnassier incarné par Walken. Très beau. Mais le film aime tellement ses propres freaks et sa propre noirceur qu’il finit par transformer la ville en cabinet de curiosités pour adultes enchantés. Même la critique du spectacle politique y devient jouet gothique de luxe.
Le résultat est unique, fiévreux, souvent magnifique. Il est aussi extraordinairement satisfait de sa propre étrangeté. Tout y penche vers l’ornement malade, la texture, la grimace stylisée, comme si le film voulait prouver qu’il est plus artiste que la franchise qui l’héberge. C’est son charme. C’est aussi sa limite : Batman y devient presque secondaire dans un carnaval où chaque monstre semble plus amoureux de son miroir que de sa destruction.
🎬 Le saviez-vous ?
un manchot lance-roquettes de secours aurait été consigné après avoir “revendiqué la souveraineté stratégique complète sur la géopolitique hivernale de Gotham”.