Critique
Titre original : Borat: Cultural Learnings of America for Make Benefit Glorious Nation of Kazakhstan
Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan
Borat, en 2006, prend Sacha Baron Cohen, un faux journaliste kazakh et l’Amérique réelle comme décor vivant, puis transforme l’embarras, le racisme, la misogynie et la bêtise ordinaire en machine comique de capture. Baron Cohen y est évidemment prodigieux, mais le film sait parfaitement combien il l’est : chaque scène veut être le moment où le réel craque sous la fiction. Larry Charles dirige avec la sécheresse nécessaire, et l’ensemble avance comme une très brillante opération d’extraction de honte. On rit, beaucoup. On admire aussi la pure efficacité de l’appareil.
2006 est aussi l’année où YouTube explose, où la culture de la vidéo virale, du piège, du réel saisi et de l’embarras public devient un langage central. Borat arrive exactement là, et il le sait. Il n’est pas seulement satirique ; il comprend la mutation médiatique qui fait de l’humiliation captée un matériau massivement circulable. Le film gagne énormément à cette conjoncture. Il y gagne aussi une forme de supériorité automatique : si le réel se ridiculise devant vous, vous avez l’air plus intelligent sans trop d’effort.
Le film reste d’une puissance comique rare. Il est aussi légèrement trop heureux de sa propre position de piège. La satire ne consiste pas seulement à révéler le racisme et la crasse morale ; elle consiste aussi, ici, à en faire un produit culturel extraordinairement jouissif pour spectateur convaincu d’être du bon côté. C’est là tout le paradoxe. Borat démasque et flatte à la fois. Très beau geste. Très rentable aussi.
🎬 Le saviez-vous ?
une moustache postiche de rechange aurait été archivée après avoir “revendiqué la pleine juridiction anthropologique sur l’effondrement public de la civilité occidentale”.