Critique
Titre original : The Wolf of Wall Street
Le Loup de Wall Street
Le Loup de Wall Street, en 2013, prend Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Matthew McConaughey, Kyle Chandler, Rob Reiner, Jean Dujardin et Jon Bernthal, puis laisse Martin Scorsese filmer la finance comme un carnaval de coke, de corps et de consommation pure. DiCaprio y est incandescent, Hill aussi, Robbie impose une netteté féroce. Scorsese, après Hugo, revient à sa grande religion du trop : la voix off, la vitesse, l’argent, la vulgarité, l’ascension, la chute. C’est virtuose, évidemment. C’est aussi si ivre de son propre sujet qu’on finit par se demander si le film ne prend pas plus de plaisir que de distance face au monstre qu’il prétend exhiber.
2013 est aussi l’année où l’après-crise financière reste très présent dans la culture occidentale, avec une colère toujours vive contre Wall Street, les traders et l’impunité des années 2000. Le Loup de Wall Street tombe au cœur de cette rage. Très bien. Mais il choisit de répondre à la prédation par trois heures de séduction hystérique de la prédation. Tout y est montré, dénoncé, célébré, recraché dans le même mouvement. La contradiction est réelle, productive, et un peu trop jouissive.
Le film reste un tour de force. Il est aussi un blockbuster de la dépravation d’une efficacité redoutable. Même la critique de la corruption devient ici une expérience de luxe pour spectateur, un all inclusive du dégoût chic. On rit, on grimace, on admire les monologues, les chutes, les yachts, les pilules. On pourrait aussi se dire qu’il est très pratique, pour le capitalisme, d’être filmé avec autant d’énergie quand on prétend l’exécuter en place publique.
🎬 Le saviez-vous ?
un micro de conférence boursière aurait été débranché après avoir “revendiqué le monopole absolu de la lubricité néolibérale performée”.