Gosford Park
Gosford Park, en 2001, réunit Maggie Smith, Kristin Scott Thomas, Helen Mirren, Michael Gambon, Kelly Macdonald, Clive Owen, Emily Watson, Stephen Fry, Richard E. Grant et quantité de domestiques impeccables pour regarder un meurtre se perdre dans le velours d’un grand week-end aristocratique. Robert Altman y dirige comme un chef d’orchestre ravi de noyer l’intrigue dans la circulation des classes, des accents et des plateaux d’argent. Le film est souvent célébré comme sommet d’intelligence chorale. C’est vrai. C’est aussi un objet si supérieur à son propre Whodunit qu’il semble presque s’excuser d’avoir un crime à résoudre.
2001 est aussi l’année où la société britannique continue de reconfigurer son rapport au patrimoine, à la télévision patrimoniale et à la mémoire sociale au moment même où la mondialisation et les crises plus contemporaines rebattent les cartes de l’identité nationale. Gosford Park exploite admirablement cette nostalgie critique. Il permet d’aimer l’étage noble tout en le condamnant, de savourer l’argenterie tout en applaudissant les cuisines. Très bien. Mais cette conscience sociale de bon goût donne parfois au film le confort d’une critique déjà homologuée.
Le résultat est exquis, drôle, très bien joué. Il a aussi ce petit défaut des très grandes œuvres de maîtrise chorale : elles finissent par faire de la hiérarchie sociale un ballet si réussi qu’on admire presque autant l’ordre qu’on est censé détester. Le meurtre y devient secondaire, la lutte des classes un très grand service à thé. C’est superbe. C’est un peu trop ravissant pour un monde fondé sur tant de servitude.
🎬 Le saviez-vous ?
un plateau d’argent de service aurait été retiré après avoir “revendiqué l’intégralité de la lutte des classes verticale du film”.