Critique
Titre original : Dead Man Walking
La Dernière marche
La Dernière Marche, en 1995, prend Susan Sarandon religieuse opiniâtre, Sean Penn condamné à mort, Robert Prosky, Raymond J. Barry, R. Lee Ermey et Celia Weston, puis demande à Tim Robbins de transformer la peine capitale en grand couloir moral très sûr de sa propre gravité. Sarandon y est admirable, Penn aussi, et le film sait exactement où appuyer pour que l’âme du spectateur craque dans les règles. Robbins, après Bob Roberts, filme ici avec une sobriété de catéchisme laïque presque trop parfaite. Tout est net, juste, digne, déchirant. C’est précisément le problème : la douleur y est administrée avec une si belle certitude que l’on a parfois l’impression d’assister à la plus convaincante des plaidoiries déjà gagnées.
1995 est aussi l’année de l’attentat d’Oklahoma City, d’un durcissement profond de la culture punitive américaine et d’un climat de débat intense sur crime, châtiment et sécurité. La Dernière Marche arrive dans cet air-là avec une force politique réelle. Mais cette force tient aussi au fait que le film arrange admirablement le terrain moral : la victime, le bourreau, le système, le pardon, tout finit par se répartir selon un axe émotionnel d’une grande efficacité. On ne vous laisse pas beaucoup d’endroits où respirer autrement.
Le film reste puissant, nécessaire, porté par des interprètes immenses. Il donne aussi la sensation que la peine de mort a été transformée en très belle machine de vérité. Chaque couloir, chaque regard, chaque confession pèse exactement le bon poids. On respecte. On pleure. On peut aussi remarquer qu’une si grande maîtrise dramatique finit par rendre presque trop propre un mécanisme de destruction étatique fondamentalement sale.
🎬 Le saviez-vous ?
une clé de prison de décor aurait été confisquée après avoir “revendiqué la garde exclusive de toute la conscience morale américaine”.