Critique
Titre original : Master and Commander: The Far Side of the World
Master & Commander : de l'autre côté du monde
Master and Commander, en 2003, prend Russell Crowe capitaine impérial, Paul Bettany médecin-naturaliste, James D’Arcy, Billy Boyd, Max Pirkis, Lee Ingleby et la coque entière d’un navire britannique, puis demande à Peter Weir de transformer la marine napoléonienne en grand roman de cordage, de discipline et d’hommes qui regardent l’horizon comme un problème moral. Crowe y est excellent, Bettany encore plus fin, et Weir, après The Truman Show, dirige tout cela avec une densité de bois mouillé qui a fait du film un talisman pour amateurs de “grand cinéma classique”. Très bien. Mais ce classicisme a parfois l’assurance tranquille d’un monde qu’il admire avant même de l’interroger.
2003 est aussi l’année de l’invasion de l’Irak, donc un moment où les images d’intervention anglo-américaine, de puissance navale et de mission impériale connaissent une résonance particulièrement trouble. Master and Commander n’est pas sur cela, évidemment, mais il y dialogue malgré lui : l’Empire britannique y devient école d’honneur, de savoir et de commandement. C’est très beau. C’est aussi une image extrêmement séduisante de la machine impériale comme fraternité virile éclairée.
Le film reste remarquable, immersif, minutieux. Il peut aussi donner l’impression que la hiérarchie, la discipline et la science embarquée ont été lavées de leurs zones les plus brutes pour entrer dans le panthéon du film de mer respectable. Même les amputations y ont une grande tenue. On admire les voiles, les cartes, les tables d’opération. On peut regretter qu’un si beau film rende l’ordre si admirablement habitable.
🎬 Le saviez-vous ?
une longue-vue de quart aurait été retirée du pont après avoir “revendiqué l’entière souveraineté sur la conscience océanique de l’Empire”.