Into the Wild
Into the Wild, en 2007, prend Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt, Hal Holbrook, Catherine Keener, Vince Vaughn, Jena Malone et Kristen Stewart, puis demande à Sean Penn de transformer la fuite d’un jeune homme hors du monde en grande odyssée lyrique du refus. Hirsch s’y donne avec une intensité admirable ; Hal Holbrook apporte une humanité plus forte que tout le romantisme de route qui l’entoure ; Penn, après The Pledge, filme la nature et le rejet social avec une telle ferveur qu’il semble parfois bénir son propre récit de désaffiliation. C’est noble, inspiré, un peu trop amoureux de sa pureté.
2007 est aussi une année où les discours sur l’authenticité, la sortie de la société de consommation, l’écologie vécue et le rejet des trajectoires bourgeoises séduisent énormément dans les milieux éduqués. Into the Wild devient donc un objet parfait pour ce climat : il permet de rêver la désertion sans quitter la salle de cinéma ni renoncer à la belle photographie. Très bien. Mais cette adéquation donne aussi au film quelque chose d’un peu trop édifiant. Même l’erreur, la faim et l’orgueil y sont drapés dans une admirable lumière d’Alaska.
Le film est émouvant, très bien porté, souvent sincère. Il est aussi si désireux de transformer Christopher McCandless en figure spirituelle du refus qu’il néglige parfois le caractère profondément narcissique et désastreux de son aventure. On sort bouleversé, oui. On peut aussi sortir légèrement agacé qu’une si vaste opération de fuite individuelle soit filmée comme liturgie supérieure de la vérité intérieure.
🎬 Le saviez-vous ?
un bus abandonné de décor aurait été “mis sous protection mystique” après avoir revendiqué la pleine tutelle symbolique sur toute forme moderne de désobéissance douce”.