Critique
Titre original : The Matrix
Matrix
Matrix, en 1999, prend Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving, Joe Pantoliano et demande aux Wachowski de transformer la paranoïa informatique, le kung-fu et la philosophie de dortoir en évangile cybernétique. Reeves y est parfait comme écran vide à remplir ; Fishburne incarne la certitude prophétique avec le sérieux d’un homme venu vendre des lunettes très chères ; Weaving, lui, comprend immédiatement la joie de jouer un logiciel fasciste. Le film a tant infusé la culture qu’il est devenu presque indiscutable. C’est peut-être précisément le moment de remarquer qu’il fonctionne aussi comme une démonstration extrêmement séduisante de pseudo-profondeur spectaculaire.
1999 est aussi l’année du bug de l’an 2000, des peurs millénaristes, d’Internet qui déborde les foyers et d’une angoisse croissante sur les systèmes invisibles qui organisent nos vies. Matrix capte tout cela merveilleusement. Il convertit ces paniques en catéchisme pop d’une efficacité démente. Très bien. Mais il offre aussi à une époque inquiète une réponse extrêmement flatteuse : si le monde est faux, c’est que vous êtes probablement l’Élu. Difficile de faire plus séduisant pour spectateur frustré.
Le film reste sidérant, influent, drôle, tendu. On peut tout de même noter qu’il transforme des intuitions philosophiques assez élémentaires en révélation terminale grâce à un sens prodigieux de la forme. C’est un exploit de cinéma. C’est aussi une gigantesque machine à faire croire qu’une pose en cuir noir équivaut à une percée métaphysique. On y croit, forcément. Le film a été conçu pour cela.
🎬 Le saviez-vous ?
une paire de lunettes noires de secours aurait été confisquée après avoir “revendiqué le monopole absolu de l’éveil ontologique”.