Glory
Glory, en 1989, prend Matthew Broderick, Denzel Washington, Morgan Freeman, Cary Elwes, Andre Braugher et traite le 54e régiment du Massachusetts comme grand récit de bravoure noire dans l’Union. Edward Zwick y dirige avec cette intensité de prestige historique qui vous dit d’avance où applaudir. Washington y est formidable, évidemment, au point que le film semble parfois s’organiser pour lui remettre sa récompense sur le champ de bataille ; Freeman apporte une assise plus calme, Broderick reste la conscience blanche convenablement travaillée par l’événement. Zwick sait faire vibrer les tambours moraux. Il les frappe peut-être un peu fort.
1989 est aussi l’année où les États-Unis, en fin de guerre froide, reconfigurent fortement leur récit national, leur rapport au sacrifice et à la mémoire collective. Glory apparaît alors comme une contribution idéale à ce travail de relecture patriotique. Très bien. Mais cette utilité historique protège aussi beaucoup sa forme : le film organise la reconnaissance avec tant de netteté qu’il ressemble parfois à un manuel exemplaire de réparation mémorielle en costume.
Le résultat reste puissant, émouvant, porté par des acteurs exceptionnels. Il est aussi légèrement trop sûr de son élévation morale. Même les humiliations, les blessures, les chants et la charge finale semblent disposés pour faire culminer le sens au bon endroit. On respecte profondément. On peut aussi regretter que l’Histoire y soit parfois arrangée comme une cérémonie impeccable du devoir civique retrouvé.
🎬 Le saviez-vous ?
un tambour militaire de doublure aurait été mis sous scellés après avoir “tenté de synchroniser seul toute la mémoire nationale américaine”.