Before Midnight
Before Midnight, en 2013, retrouve Jesse et Céline en vacances grecques, avec Ethan Hawke et Julie Delpy toujours sous la direction de Richard Linklater, pour prouver qu’après l’ivresse des promenades européennes il reste encore l’art très français de se détruire poliment à table, dans une chambre, au bord d’une séparation annoncée. Hawke et Delpy sont remarquables, évidemment, mais justement parce qu’ils maîtrisent trop bien ce registre de l’intelligence blessée. Linklater, après Before Sunrise et Before Sunset, sait parfaitement comment faire passer une dispute conjugale pour un événement métaphysique. Il le sait si bien qu’on sent parfois le film admirer sa propre capacité à transformer la logorrhée de couple en haute littérature filmée.
2013 est aussi l’année où les débats sur le mariage, la durée des liens, la fatigue intime et la gestion émotionnelle des vies hyper-conscientes occupent énormément l’espace culturel occidental. Before Midnight arrive exactement dans cette mélancolie d’époque : on ne se perd plus dans les rues, on négocie la logistique des enfants, des carrières et des regrets. C’est juste, très juste même. Mais cette justesse devient parfois un luxe de langage réservé aux classes qui ont encore le temps de très bien articuler leur désastre.
Le film est fort, acide, admirablement joué. Il est aussi un peu trop amoureux de son propre degré de vérité. Tout y semble vouloir dire : voilà comment parlent les adultes vraiment complexes. Très bien. Mais à force de précision, la douleur y finit parfois par ressembler à un exercice de virtuosité relationnelle. On assiste moins à un naufrage qu’à une démonstration magistrale de naufrage bien formulé.
🎬 Le saviez-vous ?
une chaise de terrasse grecque aurait été retirée après avoir “revendiqué la co-propriété intégrale de la tension conjugale européenne”.