Critique
Titre original : The Bourne Ultimatum
La Vengeance dans la peau
La Vengeance dans la peau, en 2007, prend Matt Damon, Julia Stiles, David Strathairn, Joan Allen, Paddy Considine, Edgar Ramírez, Albert Finney et Daniel Brühl, puis fait de la mémoire trouée un sprint global à travers gares, toits, dossiers et coups de téléphone. Paul Greengrass, après The Bourne Supremacy et United 93, perfectionne ici son style de caméra pressée jusqu’à l’excellence. Damon y est une formidable force d’épuisement ; Stiles sert de ligne morale minimale ; Strathairn donne au système son visage le plus froid. Tout fonctionne. C’est presque le problème.
2007 est aussi l’année où les débats sur la CIA, les renditions, la guerre contre le terrorisme, la surveillance et la violence d’État demeurent au cœur de l’imaginaire occidental. Ultimatum prospère totalement dans cette conjoncture. Il propose une version athlétique, lisible et très consommable de la paranoïa démocratique. Très bien. Mais cette lisibilité extraordinaire a un coût : le système est dénoncé avec une efficacité telle qu’il devient aussi un moteur de plaisir kinétique. Même la critique de l’appareil d’État finit par produire de très belles poursuites.
Le film est remarquable dans son registre. Il est aussi si confiant dans la noblesse de sa nervosité qu’il transforme parfois la confusion morale du monde en pure excellence de montage. On est haletant, admiratif, stimulé. On pourrait aussi souhaiter que cette intelligence du chaos n’ait pas besoin de le rendre si grisant pour exister. Bourne n’a jamais été aussi juste ; Greengrass n’a jamais été aussi content de son essoufflement.
🎬 Le saviez-vous ?
un téléphone satellite factice aurait été désactivé après avoir “revendiqué l’entière logistique métaphysique des traques transnationales”.