Donnie Darko
Donnie Darko, en 2001, prend Jake Gyllenhaal adolescent somnambule, lui donne un lapin géant, une banlieue de Virginie, un moteur d’avion, Patrick Swayze en gourou positif, Drew Barrymore, Maggie Gyllenhaal, Mary McDonnell, Katharine Ross et Noah Wyle, puis laisse Richard Kelly faire de l’angoisse lycéenne une usine à culte. Gyllenhaal y est excellent, bien sûr, surtout parce qu’il joue la fracture avec assez de fragilité pour empêcher le film de se dissoudre totalement dans sa propre mythologie. Kelly, premier film, adore déjà les signes, les timings cosmiques, les fragments d’explication et les chansons placées comme des révélations.
2001 est aussi l’année du 11 septembre, et même si Donnie Darko avait été conçu avant, il a inévitablement été relu dans une atmosphère de catastrophe aérienne, de banlieue fissurée et de fin de l’innocence américaine. Cette relecture a beaucoup nourri son aura. Elle a peut-être aussi protégé un peu trop le film, qui transforme volontiers l’inquiétude historique en dispositif de culte pour spectateurs ravis d’être perdus avec méthode.
Le film est fascinant, drôle, sinueux, très attachant. Il est aussi un peu trop amoureux de son propre mystère. Chaque élément étrange, chaque prophétie, chaque livre pseudo-scientifique semble venir promettre une profondeur qui reste plus souvent atmosphérique que réellement pensée. On admire l’adolescence malade, la nuit, le lapin, les couloirs. On sent aussi la machine à film-culte s’auto-construire avec un enthousiasme presque adolescent lui aussi. C’est son charme. C’est également sa limite.
🎬 Le saviez-vous ?
un masque de Frank de doublure aurait été mis sous serrure après avoir “tenté de dicter seul le calendrier de l’angoisse suburbane”.