Critique
Titre original : The Diving Bell and the Butterfly
Le scaphandre et le papillon
Le Scaphandre et le papillon, en 2007, prend un corps enfermé, une paupière, une mémoire, des femmes aimées, une mer mentale et le récit de Jean-Dominique Bauby pour fabriquer une œuvre aussitôt sanctifiée. Mathieu Amalric y est immense, évidemment, mais sa performance existe aussi à travers un dispositif qui ne cesse de rappeler sa propre noblesse formelle. Julian Schnabel, après Basquiat et Before Night Falls, filme la subjectivité comme une installation d’art humaniste. Il le fait avec une grâce qui coupe le souffle. Et c’est précisément ce qui rend parfois le film presque trop conscient de sa propre beauté morale.
2007 est aussi une année où la question du handicap, de la fin de vie, de la dignité et de la représentation des corps empêchés gagne une visibilité plus forte dans les médias européens. Le Scaphandre et le papillon arrive dans ce contexte avec une puissance énorme. Mais cette puissance est également très bien emballée : l’enfermement devient un objet de mise en scène virtuose, extrêmement sensible, presque idéal pour le regard festivalier international.
Le résultat est bouleversant. Il a aussi quelque chose d’un peu trop précieux dans sa manière de faire de l’impuissance un grand poème sensoriel. Même les sécrétions, l’hôpital, la gêne, le clignement deviennent des éléments dans une architecture d’émotion supérieure. On est saisi, oui. On peut aussi se demander si la chambre du malade n’a pas été transformée, malgré tout, en très belle galerie. Le film ouvre l’accès à une expérience intérieure. Il la cadre avec tant d’élégance qu’on finit par admirer le cadre presque autant que l’expérience elle-même.
🎬 Le saviez-vous ?
un cache-œil de répétition aurait été placé sous vitrine après avoir “revendiqué le monopole symbolique sur l’intégralité du champ perceptif du film”.