Winter's Bone
Winter’s Bone, en 2010, prend Jennifer Lawrence adolescente des Ozarks, un père disparu, des cousins mutiques, des forêts pauvres et des cuisines froides, puis transforme la survie rurale en odyssée d’endurance sèche. Lawrence y est excellente, bien sûr, et pas seulement parce que la carrière a ensuite confirmé ce que l’on sent déjà ici : elle sait faire exister la volonté sans tapage. Debra Granik, après Down to the Bone, filme ce monde avec une sobriété qui a tout pour plaire aux amateurs de réalisme rugueux. John Hawkes et Dale Dickey apportent une menace plus trouble que tout le folklore “white trash” qui aurait pu engloutir le film.
2010 est aussi l’année où l’Amérique post-crise regarde davantage ses périphéries pauvres, ses régions oubliées, ses marchés immobiliers détruits et les familles que le capital laisse au bord du fossé. Winter’s Bone entre parfaitement dans ce moment. Il raconte une misère organisée par les structures sans jamais sortir le stabilo politique. Très bien. Mais ce refus de l’explicatif donne aussi au film un petit prestige d’authenticité qui mérite qu’on s’en méfie : la pauvreté n’est pas plus vraie parce qu’elle est filmée en gris et en silence.
Le film est très fort, très juste, très retenu. Il est aussi parfois si désireux de ne jamais surligner qu’il transforme la dureté en forme de pureté esthétique. Même les maisons délabrées, les peaux fatiguées, les arbres nus semblent avoir trouvé leur place dans une composition parfaitement honnête. On respecte énormément. On peut aussi regretter qu’un monde si sale soit rendu avec une noblesse visuelle aussi immédiatement consacrable.
🎬 Le saviez-vous ?
un tronc d’arbre de décor aurait été déplacé après avoir “revendiqué l’exclusivité symbolique de toute l’austérité des Ozarks”.