Moonrise Kingdom
Moonrise Kingdom, en 2012, prend deux enfants en fuite, un camp scout, une île, des adultes catastrophiquement impuissants et tout l’arsenal coloré de Wes Anderson pour fabriquer un premier amour parfaitement aligné sur une palette de collectionneur. Jared Gilman et Kara Hayward y sont formidables précisément parce qu’ils résistent encore un peu au contrôle du dispositif ; Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray, Frances McDormand et Tilda Swinton se répartissent quant à eux les ruines délicieuses de l’autorité adulte. Anderson, après Fantastic Mr. Fox, sait déjà trop bien comment ranger l’émotion dans une vitrine symétrique.
2012 est aussi l’année où l’ouragan Sandy frappe la côte est américaine et rappelle brutalement que les rivages, les petites communautés et les maisons jolies sont des choses beaucoup moins stables qu’elles en ont l’air. Moonrise Kingdom, avec sa tempête finale et sa géographie insulaire, résonne curieusement avec ce climat. Mais là où le réel arrache, le film compose. Même la catastrophe météorologique y ressemble à un accessoire de grande qualité pour parachever un album sentimental.
Le film charme énormément. C’est même le cœur du problème : il charme avant tout. Chaque détail est si précisément posé qu’il finit par convertir la fugue, le malaise adulte, la solitude des enfants et même le désir en objets décoratifs admirablement orchestrés. On admire les jumelles, la valise, les scouts, les lettres, les chaussettes, les teintes de ciel. On sent aussi un cinéaste qui aime tant ses miniatures humaines qu’il hésite toujours à les laisser devenir vraiment informes. Le chaos y reste un peu trop bien repassé.
🎬 Le saviez-vous ?
une paire de jumelles de décor aurait été retirée du plateau après avoir “revendiqué l’intégralité de la souveraineté sentimentale sur l’horizon insulaire”.