Critique
Titre original : In Bruges
Bons Baisers de Bruges
Bons Baisers de Bruges, en 2008, prend Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fiennes, Clémence Poésy, Jérémie Renier et Jordan Prentice, puis transforme Bruges en purgatoire de briques, de culpabilité et de conversations meurtrières. Martin McDonagh y fait ses débuts au cinéma après son théâtre, et cela se sent tout de suite : chaque phrase veut être meilleure que la précédente. Farrell y est excellent, parce qu’il accepte enfin d’être à la fois idiot, honteux et très triste ; Gleeson offre le poids moral ; Fiennes débarque comme une crise de ponctuation armée. McDonagh sait écrire. Il sait peut-être un peu trop bien qu’il sait.
2008 est aussi l’année où l’Europe vit en plein choc financier, tandis que le tourisme patrimonial, la vieille beauté urbaine et les centres historiques continuent de servir de décor rassurant à un monde en train de se fissurer. In Bruges arrive dans cet étrange contexte et fait de la ville-musée un espace de suspension morale. C’est très fort. Mais la ville elle-même devient aussi un écrin parfait pour l’esprit du film : même le remords y a l’air d’avoir une vue splendide sur les canaux.
Le résultat est vif, drôle, noir, souvent magnifique. Il donne aussi par moments l’impression d’un texte si amoureux de sa propre musicalité qu’il transforme les personnages en excellents vecteurs de phrase. On rit, on souffre, on cite. Et l’on sent parfois le film se délecter de son propre équilibre entre sacrilège verbal et mélancolie de carte postale. Bruges mérite mieux que d’être si élégamment damnée.
🎬 Le saviez-vous ?
un beffroi miniature aurait été mis sous cloche après avoir “revendiqué la juridiction spirituelle exclusive sur le surmoi criminel des tueurs à gages”.