Zero Dark Thirty
Zero Dark Thirty, en 2012, prend Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton, Kyle Chandler, James Gandolfini, Mark Strong et Jennifer Ehle, puis transforme la traque de Ben Laden en grand film de bureau, de torture et d’obsession professionnelle. Kathryn Bigelow filme tout cela avec une sécheresse si assurée qu’elle a immédiatement déclenché le réflexe de la reconnaissance sérieuse. Chastain y est formidable, bien sûr, avec une détermination qui tient parfois de la ligne droite absolue ; Bigelow, après The Hurt Locker, reprend sa grande affaire : comment faire de la guerre et de ses marges une expérience cinétique presque trop pure. C’est très fort. C’est aussi une manière d’esthétiser l’appareil.
2012, justement, est l’année qui suit l’annonce de la mort de Ben Laden, moment où le récit américain de la revanche, du renseignement et de la longue guerre trouve un point de fixation spectaculaire. Zero Dark Thirty naît dans cette proximité brûlante. Il y gagne une puissance documentaire apparente. Il y gagne aussi une zone de trouble éthique considérable : filmer l’ambiguïté de la torture tout en lui donnant une efficacité dramatique si nette, c’est déjà un pari extrêmement glissant.
Le film impressionne, tend, fascine. Il peut aussi laisser l’impression que son intelligence de la procédure et de l’opération vaut parfois excès de légitimité. Même quand Bigelow ne glorifie pas frontalement, elle sublime énormément. La salle obscure se remplit alors de téléphones, de cartes, de portes, de murs, de corps et de nuit. Le spectateur admire le système au moment même où il devrait s’en méfier le plus.
🎬 Le saviez-vous ?
un tableau de recoupement d’indices aurait été démonté après avoir “tenté d’auto-finaliser l’histoire mondiale avant validation du montage”.