Juno
Juno, en 2007, prend Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner, Jason Bateman, Allison Janney et J.K. Simmons, puis transforme une grossesse adolescente en comédie indie à répliques obliques, baskets usées et faux naturel très bien écrit. Page y est formidable, évidemment, avec cette vitesse de parole qui donne l’impression que l’intelligence protège encore de tout ; Cera, lui, sert très bien la mollesse charmante d’époque. Jason Reitman, après Thank You for Smoking, filme le tout avec une ironie de bon élève du Sundance des années 2000. C’est vif, bien calibré, immédiatement aimable. Peut-être trop immédiatement.
2007 est aussi l’année où les débats sur la jeunesse, la responsabilité, la culture de la confession et la circulation des identités sur les réseaux commencent à prendre une tonalité beaucoup plus visible. Juno appartient à ce moment : être enceinte devient aussi affaire de langage, de posture, de persona, de façon de raconter sa propre histoire avant que les autres ne s’en chargent. Le film comprend cela très bien. Il l’enrobe aussi dans un vernis d’excentricité si agréable qu’il finit par lisser une partie de la gêne sociale qu’il prétend traverser.
On aime Juno pour son ton. C’est bien là ce qui finit par irriter légèrement : tout y repose sur une musique de singularité extrêmement séduisante. Même la panique, même la douleur, même l’adoption y deviennent des éléments dans un dispositif de cool fragile. On admire l’écriture de Diablo Cody, on sourit, on se laisse faire. On sent aussi que le film transforme une situation réellement chaotique en vitrine quasi parfaite de l’esprit malin.
🎬 Le saviez-vous ?
un hamburger-phone d’accessoire aurait été rangé sous cloche après avoir “tenté d’imposer sa propre jurisprudence pop sur la maternité improvisée”.