Critique

Argo

IMDb 7.7 / 10
Allociné 3.7 / 5
Rotten T. 96%
Critique
Affiche de Argo

Argo

Argo, en 2012, transforme l’exfiltration de diplomates américains hors d’Iran en thriller de fabrication hollywoodienne, avec Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin, Victor Garber et Scoot McNairy. Affleck y dirige avec une assurance de premier de la classe revenu du chaos : il a trouvé sa gravité historique, son montage nerveux, ses lunettes et son grain de vérité. Cranston est très solide, Goodman et Arkin apportent l’ironie utile ; mais c’est aussi précisément le problème du film : il connaît si bien l’équilibre entre sérieux politique et respiration cinéphile qu’il en devient presque trop satisfait de sa propre intelligence de compromis.

2012, c’est aussi l’année de l’attaque de Benghazi, donc un moment où les questions de présence diplomatique américaine, de perception du Moyen-Orient et de vulnérabilité des dispositifs de représentation occidentaux redeviennent centrales dans le débat public. Argo arrive dans ce climat et, forcément, sa relecture de la crise iranienne gagne un supplément de tension contemporaine. Très habile. Mais le film transforme aussi une histoire géopolitique d’une complexité redoutable en triomphe de l’astuce hollywoodienne. Le cinéma y sauve le monde un peu trop élégamment.

Le résultat est efficace, prenant, remarquablement huilé. On peut tout de même remarquer qu’Affleck filme l’Histoire comme un très bon élève du suspense libéral : assez de poussière pour faire vrai, assez de drapeau pour faire sens, assez d’autodérision pour rester sympathique. Même l’humiliation impériale y trouve une belle sortie de secours dans la magie du storyboard. C’est un peu trop beau pour être vraiment inquiet.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un faux storyboard de science-fiction aurait été mis sous coffre après avoir “revendiqué la responsabilité pleine et entière du salut diplomatique occidental”.